Souffleur de vers

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Lucarne

Des lumières
Se promènent
En poussières
Incertaines

Il est tard
Je regarde
Le grand soir
Qui se farde

Les secondes
Incolores
Se confondent
Indolores

La fenêtre
Suspendue
Voudrait être
Entendue

C'est étrange
Ce grand calme
Quand l'orange
Devient flamme

Roger TIBBART ©

Feuille morte

Une feuille
De tilleul
Crie, s’envole
Loin du sol

Dernier voyage
Dans les nuages
Elle a peur
Ses yeux pleurent

Ses amis,
Tous partis…
Et sa vie
Qui s’enfuit

Elle s’endort
En chemin
Et la mort
Prend sa main

Roger TIBBART ©

8h30 le matin

La ville entoure
Une vallée
Avec ses tours
De gris volés

Routes aériennes
Voitures diluviennes
Échangeurs bruyants
De bonheurs fuyants

Des ponts partout
Pour rien du tout
Où va cet homme
En taxi jaune ?

En bas, le silence
La rivière danse
Un oiseau me dit
On est mieux ici

Roger TIBBART ©

La maison de mon enfance

Maison
De mon enfance
Raison
De mes souffrances

Prison
De mes silences
Poison
D’adolescence

Couleurs
De mes blessures
Douleurs
De salissures

Sans joies
Mêmes lointaines
Sans droits
Juste la haine

Roger TIBBART ©

Un dimanche

Sur la grève
Un ciré jaune
Dans un rêve
Qui l’emprisonne

Immobile
Face à la mer
Où est-il ?
Le temps se perd

Le langage
N’a plus de mots
Les messages
Flottent sur l’eau

En poussières
D’écume franche
En lumières
De lune blanche

Roger TIBBART ©

Calais

Un nuage
Sans mémoire
Traverse le rivage

La nuit noire
Sans bagage
Invente des histoires

Les lumières
De balises
Referment leurs paupières

Dans le port
Une odeur
Aux couleurs sans passeports

Voyageurs
Clandestins
Les yeux vers l’Angleterre

Roger TIBBART ©

Robinet déserteur

Un robinet a peur
Il fuit
Loin de l’horreur
Il fuit

Des tuyaux éventrés
Agonisent par terre
Ils voudraient bien rentrer
Oublier cette guerre

Le robinet sanglote
Il fuit
Dégoulinant de flotte
Il fuit

Trois pompes sous pression
Sont prêtes à exploser
A cours de munitions
Cachées dans un fossé

Le robinet en larmes
Ne fuit plus
A travers la campagne…
Disparu

Roger TIBBART ©

Ecole spéciale

Ma prof de maths
A de jolies nattes
Mais son gros problème
Vient de son haleine

Mon prof d’anglais
A les dents pourries
Et ça sent mauvais
Quand il nous sourit

Mon prof d’histoire
Ne fait que de boire
Des litres de vin
Du matin au soir

Ma prof de sciences
Fume le cigare
Un peu à outrance
Ses yeux sont hagards

Notre proviseur
A perdu la tête
Il passe des heures
A faire des claquettes

Du coup, sans surprise
J’ai raté mon Bac
Et mes parents crisent
Tiens voilà deux claques

Roger TIBBART ©

Absence

C’est ton anniversaire
Et je repense à toi
A tes sourires sincères
Qui se posaient sur moi

C’est ton anniversaire
Mais je ne suis pas là
Dans cette année lumière
Mon cœur parle tout bas

S’éteignent les bougies
Quelque part dans la nuit
Quand mes deux yeux rougis
Ont la couleur de pluie

C’est ton anniversaire
Et le soleil tremble
Je marche en solitaire
Nous ne sommes pas ensemble

Roger TIBBART ©

Vacances de neige

Une Volvo beige
Roule dans la neige
Avec à son bord
Un gros labrador
Des enfants joyeux
Le sourire radieux

Les parents inquiets
Cherchent le chalet
A deux pas des pistes
Au numéro 10
Enfin le voilà
Construit tout en bois

Déjà la nuit tombe
Sous la Lune ronde
Tout à l’air si calme
Aux pieds des montagnes
On veillera tard
C’est le premier soir

Roger TIBBART ©

Retard

Terminus
D’autobus
Loin des villes
Qui défilent

Le chauffeur
Me salue
Le moteur
Est fourbu

Quelques pas
Sous la Lune
Le frimas
Souffle et fume

La maison
Isolée
A raison
De geler

Une femme
Doit m’attendre
Près des flammes
Chaudes et tendres

Roger TIBBART ©

Avant la nuit

Quelque chose
Dans l’aurore
Prend la pause
Et s’endort

Aux lisières
Du village
Les lumières
Restent sages

Le vent chante
Avec l’eau
Sur la pente
D’un ruisseau

Les couleurs
De l’automne
Toutes jaunes
Sont à l’heure

Roger TIBBART ©

Presse-papiers

Un étrange voilier de plastique
Sur une mer peinte à la main
Ne verra pas le Pacifique
Son dôme de verre le retient

Un capitaine minuscule
Aurait voulu voir les Tropiques
Dans sa cabine il déambule
Sous le soleil venu d’appliques

Le vent de la grande fenêtre
Gonfle des vagues en papier
Sur le bureau où s’enchevêtrent
Quelques journaux encore pliés

Dépasse une carte postale
Petits morceaux de grands voyages
Dans cette poussière qui s’installe
S’entassent aussi deux trois collages

Roger TIBBART ©

Phrases cultes

Dark Vador
Fait les cent pas dehors
Doué pour les discours
Là, il devra faire court

Le jeune Luke
Ne se doute de rien
A part peut-être un truc
Il ne voit pas très bien…

Un combat
Avec de gros néons
Commence en contrebas…
Je sais, ça à l’air con
La faute à Georges Lucas !

Oh non mince !
Un des guerriers se coince
Les jambes dans le vide
Son visage est livide

Une voix
Très pauvre en oxygène
S’élève dans le froid
« Et bien Luke, tu sais quoi ?! »

Roger TIBBART ©

Raoul

Un clown cool
Joue avec des boules
C’est Raoul
Le roi des mabouls

Habillé
Il faut voir comment
Maquillé
Comme ma maman

Ses chaussures
Font au moins soixante
Sa coiffure
Est déconcertante

Ce muet
Calcule ses gestes
Ce fluet
Porte plusieurs vestes

Son vélo
N’a qu’une seule roue
Rigolo ?!…
Raoul fait le fou

Roger TIBBART ©

La fille aux prospectus

La fille aux prospectus
Arpente le parking
Avec un charme en plus
Dans ses roses leggings

Elle s’avance, s’approche
Effleure une belle Porsche
La main sur le pare-brise
Glisse toute à sa guise

Mais une boule de poils
Se réveille en sursaut
Elle n’a pas l’air de bon poil
Sa bave colle aux carreaux

La brune lâche ses tracts
Partis dans la tornade
D’un vent de tout les vracs
Sous le ciel un peu fade

Roger TIBBART ©

Invités surprises

Ding dong
Voilà King Kong
A poil
Sous les étoiles

Sa blonde
Accrochée à lui
Sa blonde
Habillée de pluie

Entrez !
Ne faites pas attention au foutoir…
Venez !
Il me reste quelques bouteilles à boire

On cause…
De la vie qui coule
Pas rose
De séduire les foules

Et puis
Très tard dans la nuit
S’enfuient
Les deux stars sans bruit

Roger TIBBART ©

Au même moment

Un oiseau s’envole
Son cœur en boussole
Sur des routes bleues
En goûtant les cieux

Une casserole
Voudrait changer de rôle
Se voir en cocotte
Pour épater ses potes

Un enfant rigole
Je crois qu’il s’appelle Paul
Courbé comme un arc
Sur le banc du vieux parc

Une jeune tôle
En haut d’un toit se colle
Avec des clous
Et la pluie fait glouglou

Roger TIBBART ©

En vélo sous la pluie

Elle se serre contre lui
En vélo sous la pluie
Cheveux à la renverse
Défiant les averses
Quelque part près de Bruges
Sous des cieux en déluge

Hurlant
A chaque flaque
Souvent
Ses mains se plaquent

Quelques gouttes ruissellent
Sur sa peau, elle est belle
Son amant lui sourit
Dans le vent qui s’enfuit
Qu’importe si il pleut
Quand on est amoureux

Roger TIBBART ©

Avant j'étais blonde

J’étais éteinte
Il m’a allumé

J’étais allumée
Il m’a fumé

J’étais fumée
Il m’a écrasé

Vous me voyez
Un peu noyée
Dans cette flaque
Un peu patraque ?…

Sur ce trottoir
De goudron noir
Au désespoir
Flamme d’un soir

Roger TIBBART ©